1. Interactions

en

Une chose à avoir en tête à propos de A. pouvait tenir en une courte phrase:

Toutes les interactions avec les autres étaient fatigantes pour A.

A. savait bien que les mots peuvent être vagues, imprécis. Surtout quand ils étaient échangés entre deux personnes. Quelques uns de ces mots, alors, méritent sans doute quelques précisions.

Interaction

Pour A., une interaction recouvrait toutes les occasions où quelque chose qui émanait de lui pouvait être perçu par quelqu’un d’autre.

Ce qu’il pouvait dire, ce qu’il pouvait faire, ce qu’il pouvait écrire, l’intonation de sa voix, le fait qu’il soit ici et pas ailleurs, les vêtements qu’il portait, le temps qu’il mettait à répondre, ce qu’il mangeait, la vitesse à laquelle il mangeait, le temps qu’il mettait à choisir ce qu’il allait manger, le chemin qu’il prenait entre chez lui et la boulangerie, les photos qu’ils postait sur les réseaux, si elles étaient en couleur ou en noir et blanc, l’heure à laquelle il les postait, s’il répondait au téléphone ou non, les fautes d’orthographes qui se trouvaient dans ses messages, à qui il parlait, à qui il ne parlait pas, l’étage de son appartement, à quel point il était en désordre, tous les objects qui se trouvaient dedans, la couleur des rideaux, la longueur de ses cheveux, les taches de thé sur son sweater, la couleur du thé qu’il achetait, sa façon de marcher, la taille de son nez, l’état de ses chaussures, s’il y avait un canapé dans le salon. Et puis d’autres. Et encore d’autres.

Les autres

Tous les autres. Ses collègues, les membres de sa famille, les inconnus dans la rue, ses enfants — il n’en avait pas —, ses voisins — il en avait —, ses amours — il lui arrivait d’en avoir —, le chauffeur du bus, les internautes à Tokyo, le serveur de la crêperie… si c’était quelqu’un et que ce n’était pas lui-même, ce quelqu’un faisait partie des autres.

Perception

Le fait que ce qui émanait de lui pouvait être perçu par quelqu’un d’autre, voilà ce qui transformait un moment innocent en interaction. Et peu importait que la perception ait lieu sur le moment, plus tard, ou même beaucoup beaucoup plus tard. Si cela pouvait être percu, c’était cela qui comptait. Et peu importait même que cela ne soit jamais effectivement perçu, ni sur le moment, ni jamais. Cela aurait pu.

Même s’il était seul dans un endroit à un moment donné, la simple possibilité que quelqu’un surgisse dans cet endroit maintenant transformait ce moment en interaction.

Fatigue

Le fait qu’une interaction soit fatigante ne signifie pas qu’il était en pleine forme juste avant et totalement épuisé juste après. Cela signife qu’il était plus fatigué après qu’avant. Ou moins en pleine forme. C’était selon.

Toutes

Absolument toutes les interactions étaient fatigantes.
100%.
Aucune qui ne l’était pas.
0%.

Être

Cette petite phrase dit que les intérations taient fatigantes. Elle ne disait pas que les interactions n’étaient que fatigantes. Les interactions pouvaient aussi être autre chose, en plus d’être fatigantes. Beaucoup d’autres choses.
Il y une infinité d’autres choses que les phrases ne disent pas. Qui sont peut-être vraies. Mais qui viennent d’ailleurs que les phrases elles-mêmes. On pourrait se fatiguer à le rappeler.

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