Quand il avait débarqué sur Terre, la Grande Lotterie Stochastique à laquelle tous les nouveaux arrivants étaient soumis avait attribué à A. quelques caractéristiques qui, si elles n’étaient pas extrêmement rares, n’en étaient pas moins peu courantes. Une poignée de pourcents.
L’une des manifestations de ces caratéristiques atypiques était qu’il éprouvait des difficultés à comprendre les pensées et les motivations de l’immense majorité des humains qui l’entouraient.
Ces difficultés s’exprimaient parfois par un léger doute dans l’esprit de A., jusqu’à — le plus souvent — incompréhension totale, une incompréhension dont la nature elle-même échappait le plus souvent à la compréhension.
Cela ne venait pas qu’il avait manqué le jour où on aurait expliqué à l’école comment reconnaître les pensées et motivations des autres, et que seuls ses camarades auraient profité des explications… bien au contraire, là où les autres semblaient n’avoir besoin d’aucune explication pour échanger naturellement entre eux — quelques ajustements par-ci, par-là pour éclairer les détails d’une situation particulière — lui, A., devait fournir des efforts particuliers dans ce domaine.
Et cela rendait les interactions sociales fatigantes pour A.
Parce que les efforts pour observer, déduire et apprendre comment les interactions fonctionnaient ne s’arrêtaient pas simplement une fois la chose comprise — quand bien même la chose aurait pu effectivement être vraiment comprise. Non, à chaque nouvelle interaction, il lui fallait tout se rappeler, réfléchir à toutes les règles qu’il avait observées, déduites, apprises, répétées, et réfléchir à les comment les appliquer, si elles s’appliquaient ou pas, si elles s’appliquaient encore, au fur et à mesure de la discussion, tout au long de chaque interaction.
Chaque interaction demandait à A. un effort de reflexion continu. Et même s’il s’en sortait bien la plupart du temps, cela consommait une bonne partie de ses capacités de son cerveau.
En fin de compte, c’était fatigant.
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