C’est comme si vous habitiez dans un pays dont vous ne maîtrisez pas la langue. Chaque phrase que vous entendez vous demande un effort de compréhension. Chaque phrase que vous dites vous demande un effort de construction.
Une langue avec plus de mots que vous ne pouvez en retenir. Une langue avec des sons que vous n’arrivez pas bien à distinguer entre eux. Une langue avec des sons que vous ne pouvez pas entendre. Vous n’êtes jamais sûr. Souvent, vous pouvez seulement deviner. En vous basant sur des suppositions. Une langue dans laquelle vous ne pouvez pas former d’habitudes. Une langue qui ne devient jamais courante. Une langue que vous avez toujours besoin de traduire dans votre tête. Dans les deux sens.
Une langue qui est parlée partout autour de vous. Une langue dont on attend de vous que vous la parliez.
Alors vous la parlez. Approximativement. En utilisant seulement les des mots que vous avez compris. En espérant que vous les ayez compris. Avec des phrases simples. Et vous guettez à chaque fois les réactions de vos interlocuteurs, pour confirmer qu’ils ont l’air d’avoir reçu ce que vous pensez avoir envoyé. Suffisamment proche. Pas toujours.
Votre langue à vous contient presque uniquement des mots inexistants. Avec des sons que personne ne sait prononcer. Vous non plus.
Vous la parlez couramment.
Dans votre tête.
Elle n’existe dans aucun autre pays.
Si vous voulez vivre ici, il vous faudra bien continuer a faire les efforts qu’il faut, et continuer de traduire, encore et encore. Approximativement.
On vous rappellera régulièrement que vous n’êtes pas toujours compréhensible. Ou que vous auriez pu comprendre ce qu’on vient de vous dire et qui aurait dû vous sembler évident, sans avoir à poser cette question un peu naïve.
Vous pourriez faire des efforts.
Tout de même.
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